La campagne viticole 2026 s'annonce sous haute tension phytosanitaire : crise du cuivre en bio, avancée de la flavescence dorée, arrivée de ravageurs invasifs et arsenal de nouveaux produits de biocontrôle. Que tu sois vigneron ou amateur curieux de comprendre ce qui se joue dans les vignes, voici les 5 enjeux majeurs qui vont marquer la saison.
TL;DR — L'essentiel en 30 secondes
- Crise du cuivre : l'ANSES a rejeté 50 % des autorisations de produits cupriques, mettant la viticulture bio en difficulté
- Nouveaux biocontrôles : Tiagan (amibe), Fytosave (éliciteur), Esseva (terpènes) arrivent contre mildiou et oidium
- Flavescence dorée : la maladie progresse en Champagne, Loire et Alsace — prospection désormais obligatoire partout
- Ravageurs invasifs : le scarabée japonais détecté en Alsace, près des zones viticoles
- Zéro nouvelle molécule : pas de révolution chimique en 2026, l'enjeu est de préserver l'arsenal existant et gérer les résistances
1. La crise du cuivre menace la viticulture bio
C'est le sujet brulant de la campagne 2026. En juillet 2025, l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) a rejeté environ 50 % des 31 demandes d'autorisation de mise sur le marché de produits à base de cuivre, dont une vingtaine utilisés par les vignerons bio.
Le cuivre reste le principal outil de lutte contre le mildiou en agriculture biologique. Sans alternative équivalente, la décision de l'ANSES a provoqué une onde de choc dans la filière. Des recours juridiques ont été déposés devant le tribunal administratif de Melun le 20 février 2026 par l'AVA, la CNAOC et la FNAB.
Ce que disent les chiffres
Les modélisations de l'ANSES sont sans appel :
- Limiter le cuivre à 2 kg/ha/an (contre 4 kg actuellement) entraînerait une perte de rendement de 25 à 34 %
- Une interdiction totale causerait jusqu'à 90 % de pertes en zones méditerranéennes
Seule une poignée de produits cupriques restent disponibles : Champ Flo et Heliocuivre, avec des restrictions d'usage strictes. Le cuivre reste autorisé au niveau européen jusqu'au 30 juin 2029, mais il est classé "candidat à la substitution".
Stratégies de réduction du cuivre
Les vignerons et instituts techniques travaillent sur plusieurs pistes :
- Tiagan (Koppert) : ce nouveau biocontrôle à base de métabolites d'amibes permet de réduire le cuivre à 150-200 g/ha quand il est utilisé en complément
- Outils d'aide à la décision (modèle Mildium) pour optimiser doses et timing
- Projet Parici (ITAB) : test de protocoles sans cuivre dans le sud-est
- Cépages résistants : solution à long terme avec les variétés tolérantes au mildiou

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2. L'arsenal biocontrôle se renforce
La bonne nouvelle de 2026, c'est l'arrivée de plusieurs nouveaux produits de biocontrôle qui élargissent les options des vignerons, en bio comme en conventionnel.
Contre le mildiou
| Produit | Fabricant | Principe actif | Particularité |
|---|---|---|---|
| Tiagan | Koppert | Lysat de cellules d'amibes | Anti-mildiou + anti-oidium. Jusqu'à 12 applications/an |
| Algisium | De Sangosse | Phosphonate de potassium + algues brunes | Synergie qui réduit la quantité de phosphonate |
| Fytosave | Fytofend | COS-OGA (chitosane + pectine) | Stimule les défenses naturelles de la vigne. Ne compte pas dans l'IFT |
| Esseva | Corteva | Eugénol + thymol + géraniol | Extension d'usage : mildiou + oidium (en plus du botrytis) |
| OPSeed 75 | Berkem | Extrait de pépins de raisin | Substance de base approuvée par l'UE |
Le Fytosave est particulièrement intéressant : cet éliciteur à base de chitosane et de pectine stimule les défenses immunitaires innées de la vigne. Les essais terrain montrent jusqu'à 35 % de rendement supplémentaire. Et comme c'est un biocontrôle, il ne compte pas dans l'Indice de Fréquence de Traitement (IFT), un atout pour les exploitations engagées dans la réduction des intrants.
En conventionnel
Pas de molécule révolutionnaire, mais des combinaisons optimisées :
- Zorvec Vinabel (Corteva) : oxathiapiproline + zoxamide, 14 jours de persistance
- Assure System (De Sangosse) : triple mode d'action, réduit l'IFT de 20 %
- Pipeline 2026-2027 : BASF prépare deux projets (ametoctradin + phosphonate, et dithianon)
Contre les tordeuses de la grappe
Le retour du chlorantraniliprole (réapprouvé en 2025 après 5 ans d'absence) est un soulagement. Quatre produits sont disponibles : Coragen, Shenzi, Voliam et Cosayr — mais limités à une seule application par an.
Coté biocontrôle, la confusion sexuelle progresse avec Subvert (De Sangosse), un phéromone pulvérisable microencapsulé, et Vynyty (Bayer), un gel polymère biosourcé contre le cryptoblabes.
3. Flavescence dorée : l'expansion continue
La flavescence dorée, maladie mortelle de la vigne transmise par la cicadelle Scaphoideus titanus, poursuit son avancée géographique. Après avoir durement touché le Beaujolais, elle gagne du terrain en Champagne, dans le Val de Loire et a été détectée pour la première fois en Alsace sur des pieds isolés.
Ce qui change en 2026
La prospection est désormais obligatoire dans tous les vignobles français, avec ou sans symptômes. Chaque exploitant doit inspecter ses parcelles et retourner un formulaire complété (numérique ou postal) chaque année.
La stratégie d'enrayement repose sur un cycle de 4 ans, avec des traitements ciblés en 2025-2026 selon un zonage de 500 m et 1 000 m autour des pieds contaminés — une approche plus fine que les anciens traitements à l'échelle communale.
Les leviers de lutte
- Prospection individuelle et collective de toutes les parcelles
- Arrachage des pieds confirmés positifs après analyse en laboratoire
- Hygiène du matériel : nettoyage des broyeurs et sécateurs entre parcelles pour éviter la propagation des larves
- Elimination des refuges de végétation sauvage abritant les cicadelles
- Détection par IA : le Comité Champagne développe un projet de reconnaissance automatique qui surpasse la détection visuelle humaine
4. Des ravageurs invasifs aux portes du vignoble
La globalisation des échanges amène de nouveaux locataires indésirables. En 2026, la vigilance est maximale sur plusieurs fronts.
| Ravageur | Localisation | Risque |
|---|---|---|
| Scarabée japonais (Popillia japonica) | Alsace, près des vignes | Elevé — arrivée récente |
| Aleurode épineux des agrumes | Gard, Hérault | Modéré — sous surveillance |
| Cicadelle Erasmoneura vulnerata | Agglomération bordelaise | Sous surveillance — détectée sur cabernet-sauvignon |
| Fulgore tacheté (Lycorma delicatula) | Pas encore présent | Menace potentielle |
L'INRAE et l'IFV coordonnent le programme OVNI (Observatoire des insectes Nuisibles ou Invasifs) pour traquer ces espèces avant qu'elles ne s'installent durablement.
Le scarabée japonais est particulièrement préoccupant : déjà établi en Italie du Nord, il s'attaque à plus de 300 espèces végétales dont la vigne, en dévorant les feuilles et les grappes.

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5. Préserver l'arsenal existant : l'enjeu des résistances
Aucune molécule véritablement nouvelle n'arrive sur le marché en 2026. Les produits lancés sont des reformulations ou des combinaisons optimisées de substances déjà connues. Or, entre 2021 et 2028, le règlement européen impose la réévaluation de plusieurs fongicides critiques : le mancozèbe a déjà été retiré, le dimethomorphe est menacé, et les triazoles et SDHI sont sous scrutin.
Dans ce contexte, la gestion des résistances devient vitale :
- Alternance stricte des modes d'action, particulièrement pour le zoxamide et l'oxathiapiproline
- Restriction à une application par saison pour le chlorantraniliprole et l'amisulbrom
- Adoption des biocontrôles qui ne comptent pas dans l'IFT et ne génèrent pas de pression de sélection
L'amisulbrom (dans Assure System de De Sangosse) est un cas intéressant : peu utilisé jusqu'ici, il présente une pression de résistance quasi nulle, ce qui en fait un outil précieux à préserver.
Questions fréquentes
Les cinq risques majeurs sont : la crise du cuivre en viticulture bio, l'avancée de la flavescence dorée, l'arrivée de ravageurs invasifs comme le scarabée japonais, la perte progressive de molécules phytosanitaires autorisées, et la pression croissante du mildiou dans un contexte climatique instable.
Pas dans l'immédiat. Le cuivre reste autorisé au niveau européen jusqu'au 30 juin 2029. Mais l'ANSES a rejeté la moitié des autorisations de mise sur le marché des produits cupriques en France, réduisant fortement l'offre disponible. Des recours juridiques sont en cours.
C'est une maladie mortelle de la vigne causée par un phytoplasme transmis par une cicadelle. Les pieds infectés doivent être arrachés. La maladie progresse rapidement en France, avec de nouveaux foyers en Champagne, Loire et Alsace. La prospection est désormais obligatoire dans tous les vignobles.
Seuls, ils ne remplacent pas encore le cuivre ou les fongicides de synthèse. Mais en combinaison, les nouveaux produits comme Tiagan, Fytosave ou Esseva permettent de réduire significativement les doses de cuivre ou de produits conventionnels. L'efficacité est qualifiée de "moyenne à bonne" par les essais terrain.
Oui, c'est une menace sérieuse. Déjà établi en Italie du Nord, il s'attaque à plus de 300 espèces végétales dont la vigne. Il a été détecté en Alsace près des zones viticoles. Le programme OVNI de l'INRAE surveille son expansion.
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